Archive for the ‘ Commentaires ’ Category

Commentaire – Amélie Proulx: Métaphores de porcelaine

par Julie Gagné

Mêlant céramique et installation, immatériel et mouvement, l’exposition Glissements d’Amélie Proulx propose une belle réflexion sur les glissements de sens entre nos perceptions des phénomènes naturels et leur expression par le langage. Poulies et cordes entrelacées, lit ondoyant d’une rivière de porcelaine: les sculptures cinétiques se font métaphores aux sens multiples. Ludique, l’exposition nous permet de toucher et d’agir sur les œuvres.

À voir pour réfléchir sur les métamorphoses du monde et pour se laisser toucher par la fragilité des choses, ici matérialisée dans la porcelaine.

À Matéria jusqu’au 28 août.

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Commentaire – Louis-Pierre Bougie: Cycles de vie

par Julie Gagné

Pour le mois d’août, la galerie Lacerte nous offre une réflexion sur le cycle de la vie, avec Horizons incertains, de Louis-Pierre Bougie. Des œuvres, collages ou mosaïques, présentant des  enchevêtrements réussis d’êtres hybrides et interdépendants.

De loin, les œuvres de Louis-Pierre Bougie frôlent l’abstraction. Des formes organiques sont inextricablement liées les unes aux autres, dans une palette limitée, mais efficace, de gris, bleus délavés, et de verts ou de rouges. Cette gamme de couleurs offre toutefois des contrastes forts, les figures étant cernées de noir et les compositions ponctuées de blancs éclatants qui viennent illuminer les œuvres. Mêlant collage, dessin ou peinture, les œuvres témoignent d’interventions diverses: languettes de papier marouflé organisent géométriquement la surface, ponctuée par des poinçons, des textures de peinture.

Dans des compositions parfois narratives et évoquant le cycle, parfois s’apparentant à des strates géologiques, Louis-Pierre Bougie nous emmène au cœur d’une réflexion sur la vie, sur les rapports directs qu’entretiennent les formes du vivant. L’humain nait, vit et meurt, devient poussière, puis nourrit la nature. Le cycle est connu, mais Bougie le présente ici par le biais de l’hybridation, dans des enchevêtrements où les figures humaines sont difficiles à dissocier des formes végétales. Parfois, des indices: un œil ressortant du lot, une figure plus complexe. Mais la plupart du temps, c’est cette interdépendance des choses vivantes, en mouvance, en mutation, qui est illustrée par des entrelacs, des labyrinthes de formes simplifiées.

Cette simplification présente certaines ressemblances avec l’art primitif ou enfantin. Également, certains signes, ponctuant la surface des tableaux de l’aile gauche de la galerie, agissent comme éléments de langage. Le parallèle avec l’art égyptien est inévitable, ces signes étant associés à une composition en étagement, si représentative de celui-ci. Mais le parallèle s’arrête là. Aucune fonction religieuse dans les œuvres de Louis-Pierre Bougie. Plutôt, des pistes de réflexion relatives à l’homme dans son environnement: vie, mort, solitude, avenir. Les horizons sont incertains, en témoignent les gris, qui agissent comme des rideaux de désespoir éclairés par une lumière d’un optimisme vacillant.

Bougie est un pionnier de l’estampe contemporaine au Québec et cela se sent dans les œuvres de l’exposition que ce soit par l’économie de couleurs ou par l’importance des lignes. Également, trois gravures et un livre d’artiste, Les mots griffonnés, réalisé à partir de poèmes de Michel van Schendel, nous rappellent l’importance de cet artiste dans ce domaine, et nous émeuvent par leur sensibilité exacerbée.

Horizons incertains: une exposition à voir, mais surtout à déguster puisque derrière une apparente simplicité se cachent un discours riche et une complexité visuelle qui ne s’apprécient que dans la durée.

À la galerie Lacerte, jusqu’au 28 août.